Parfois ma journée s’achève sur une question irrésolue : Une indécision sur la suite à donner à une sculpture ébauchée, un problème technique à la réalisation pratique d’une autre. La question ne laisse de me suivre dans la pensée jusqu’au moment où le carnet vient la soutenir, la préciser, parfois la résoudre.

A l’arrière plan de l’atelier avec ses outils, ses quelques machines, ses ombres et lumières, les bruits du travail, il y a les carnets qui portent les traces d’un travail silencieux, continu : croquis, ébauches et projets de sculptures, notes préparatoires à quelque texte ou brève présentation d’un travail, citations et références d’artistes et d’auteurs, évocation de certains aspects subjectifs de mon expérience artistique.

 

Par exemple, celle-ci :

Certains regards portés sur mes sculptures me laissent suspendus devant cette évidence que ces regards sont captivés par quelque chose que je ne peux pas voir moi-même. Que le spectateur exprime ce qui le tient un instant en arrêt devant telle sculpture ne me donne pas le moindre accès à ce que je tiens pour cette évidence que quelque chose est là qui m’est inaccessible.

Ce rapport à quelque chose inaccessible à ma perception, d’intraduisible par le verbe par surcroît, j’imagine que de très nombreux artistes l’ont éprouvé, peut-être certains ont pu en rendre compte. Leurs propos me seraient très utiles. Et il y a lieu d’en faire une recherche de ce qu’ils ont pu en dire, ce qui ne changera rien au caractère intimement personnel de l’expérience et à la nécessité d’explorer ses conséquences. Par exemple, un corolaire de ce rapport du spectateur à quelque chose qu’il aperçoit dans une œuvre qui reste inaccessible à l’artiste, change le sens d’une exposition.